Emerson

Rentrée La rentrée scolaire

Un moment fort pour tous

La rentrée est un temps où chacun doit pouvoir échanger sur ses rêves, ses envies et ses projets. De ces premiers échanges vont s'établir un climat de classe et se mettre en place progressivement des outils tels que le règlement de classe, le permis de libre circulation, les objectifs de l'année…

«... jusqu'à ce que la classe devienne un lieu tranquille»

Lorsqu'on arrive dans sa classe pour la première fois, et même si cette première fois est la cinquième ou la quinzième, on a l'impression qu'il va falloir tout engager à la fois, la lecture, les maths, le programme, des progressions, les futures évaluations... bref, tout se bouscule dès les premiers jours.
Dès les premiers jours, on voudrait que la classe soit déjà ce qu'elle sera tout au long de l'année.

Prenez d'abord le temps. Cet indispensable temps sans lequel rien ne sera possible. Et prenez-le pour que s'instaure l'élément indispensable qui permettra tous les possibles : LA TRANQUILLITÉ.

Personne, adulte ou enfant, ne se lancera efficacement dans un apprentissage quelconque hors de la tranquillité. C'est elle seule qui permettra la disponibilité. Il n'y a pas besoin de "sortir des sciences de l'éducation » pour comprendre cela, ce n'est que du simple bon sens.

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Mais arriver à ce que s'instaure la tranquillité dans le groupe n'est pas aussi simple que cela.

Pendant longtemps, le premier jour de la rentrée je ne rentrais pas en classe. Nous allions pîque-niquer. D'une part cela atténuait la rupture entre la liberté d'action, de mobilité, d'autonomie de la période de vacances et les contraintes physiques, d'espace, de promiscuité inhérentes à la période scolaire.

L'essentiel de mes premières journées ou premières semaines était consacré à nous installer. Que la classe devienne "chez nous". En multipliant les coins, en brisant l'espace vous brisez aussi les interpellations directes et croisées qui font monter l'agressivité.
En multipliant les choses à respecter en tant que tel (des plantes, un aquarium, une lampe de chevet, la présence d'un chat...) vous étendez ce respect à l'ensemble du groupe.

Utilisez la musique : rentrer le matin dans un local où il y a de la musique change souvent beaucoup de choses.

Utilisez les odeurs, les couleurs : un bâton d'encens au parfum bien choisi a des pouvoirs étonnants comme le mariage des couleurs des panneaux d'affichage qui ne devrait pas être laissé au hasard.

Et même si le vase ou les vases de fleurs doivent être cassées plusieurs fois, persévérez jusqu'au moment où plus personne ne pourra s'en passer.

Essayez de mettre en place assez tôt des ateliers de peinture, lecture, pleins de BD, Légos, jeux individuels…

Faites construire des marionnettes à gaine et laissez-les aux enfants.

Faites, dehors, régulièrement du théâtre libre.

N'exigez que de petites choses et peu dans les premières journées. N'exigez d'abord d'un enfant que ce dont vous êtes sûr qu'il pourra faire facilement.

Laissez cette organisation, ces repères se mettre en place peu à peu... Jusqu'à ce que la classe, si possible l'école, devienne un lieu tranquille, jusqu'à ce que tout le monde ou presque se mette à aimer la tranquillité.

Alors, seulement alors, vous pourrez faire de la pédagogie et penser beaucoup plus aux programmes.

Je sais bien que dans certaines écoles atteindre un semblant de tranquillité semble de l'ordre du rêve. Pourtant sans elle rien n'est vraiment possible. Ces conditions d'existence devraient faire le premier objet de nos revendications, le premier objet des travaux d'un conseil d'école.

Bernard COLLOT

Article paru dans la revue "École rurale, École nouvelle... Communautés nouvelles» puis repris dans le numéro 100 de "Le Nouvel Éducateur" juin 1998)