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Limites des dispositifs ordinaires d'évaluationQuels sont les inconvénients des dispositifs classiques d'évaluation ? Quelles limites pourraient pousser un maître à renoncer aux pratiques ordinaires pour explorer d'autres voies?
Tout d'abord, dans la classe, c'est le maître qui impose à l'élève la date et le contenu de l'évaluation. L'élève n'a pas de possibilité de se déclarer prêt (ou non) ni de recommencer une évaluation échouée. Il subit les évaluations plus qu'il ne se les approprie comme outil de son propre progrès. L'élève en difficulté à qui on impose des évaluations qu'il juge hors de portée en arrive vite à s'habituer, à se résigner à l'échec, et cette résignation est un facteur clef de la spirale de l'échec.
Dans le modèle traditionnel, en situation d'évaluation, maîtres et élèves sont davantage adversaires que partenaires. Alors que l'élève devrait, idéalement, voir dans le maître un allié, il y trouve un censeur qui répertorie, entérine et rend publiques ses insuffisances.
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On pourrait croire que l'évaluation traditionnelle pousse les élèves à donner leur maximum à chaque nouveau contrôle. Pourtant on constate dans les classes que ce n'est pas le cas. Bien sûr il y a toujours des élèves qui visent l'excellence, mais la grosse majorité de la classe semble banaliser l'évaluation et adopte plutôt une stratégie économe, ne visant qu'une relative tranquillité. La dimension initiatique de l'épreuve est le plus souvent perdue. Tout se passe comme si la majorité des élèves mettaient en oeuvre une stratégie de défense passive pour se protéger du stress d'une situation qu'ils ne maîtrisent pas bien.
Ainsi, selon les attentes de ses parents ou même de son maître, être tranquille pour un élève signifie souvent se situer dans une moyenne respectable, ce qui ne l'incite pas du tout à donner le meilleur de lui-même. Par exemple, quand à la question : « Quand tu reçois une évaluation notée, que ressens-tu si tu as 11/20 ? »,
72% des élèves répondent : « ça va, j'ai la moyenne ».
Là encore, on constate qu'avec un système classique de notes, beaucoup d'élèves, et de parents, se contentent de l'à peu près.
L'évaluation sommative traditionnelle est le plus souvent la même pour tous les élèves, au même moment. Ainsi le professeur se retrouve parfois dans la situation de faire passer à certains élèves une évaluation en sachant à l'avance qu'ils vont échouer. L'évaluation n'a alors plus aucun rôle de feed-back pour le maître (qui n'a pas besoin de cette nouvelle confirmation des difficultés de l'élève) et semble ne plus servir qu'à rendre encore plus visible le retard pris par l'enfant.
Quand les Professeurs des Écoles évitent les notes chiffrées (pour leurs effets négatifs sur la motivation des élèves, et l'illusion de visibilité et d'objectivité qu'elles procurent), ils optent parfois pour un relevé de compétences, très analytique, qui noie les parents sous une masse d'informations.
Dans le système classique d'évaluation, les progrès de l'élève ne sont reconnus que s'ils interviennent au bon moment. Tant qu'un élève progresse avant l'évaluation tout va bien : l'évaluation rendra compte de ce progrès (sous réserve qu'elle soit conçue pour prendre en compte ce progrès-là). En revanche, tous les progrès qui interviennent après l'évaluation sommative seront le plus souvent ignorés puisque le maître passe à d'autres thèmes d'étude.
C'est encore plus flagrant dans les disciplines où l'acquisition de connaissances prédomine (Histoire, Sciences, par exemple). On y passe d'un sujet à l'autre et lorsqu'un dossier est refermé, on n'y revient plus.
Bien sûr, les enseignants font généralement de leur mieux pour essayer de mettre en valeur les progrès des élèves les plus faibles, mais, malgré tout, trop de ces progrès passent inévitablement inaperçus si on ne met pas en place un dispositif qui permet de les identifier de manière plus systématique.
Voilà l'état des lieux : une évaluation qui, le plus souvent, rend mal compte des progrès des élèves et qui n'incite pas l'élève à donner le meilleur de lui-même. Ce tableau peu enthousiasmant conduit naturellement à s'interroger : et s'il existait une autre voie ?